Après la signature de l'armistice le 26 février 1871 à Versailles, la France sort vaincue du conflit qui l’a opposée à son voisin prussien. Elle est amputée de l’Alsace (hormis Belfort) et d'une partie de la Lorraine (en vertu du traité de Francfort conclu le 10 mai), laissant une frontière totalement ouverte. La destitution de Napoléon III en septembre 1870 a pour conséquence l'instauration de la 3e République. La défaite est en partie attribuée au système défensif vétuste et inadapté face à une artillerie moderne. Le nouveau gouvernement français souhaite reconstituer la défense de sa frontière orientale. Un comité de défense est créé qui, rapidement, privilégie la solution proposée par le général Séré de Rivières : son principe est de mettre en place une ligne fortifiée composée de camps retranchés - à savoir Verdun, Toul, Épinal et Belfort - reliés par des rideaux défensifs, et ponctuée de trouées dans lesquelles l’ennemi s'engouffrerait. Ces rideaux sont formés de forts isolés sur des crêtes, obligeant l’ennemi à passer par les trouées, où il serait ensuite pris à revers. Le général propose également de placer une seconde ligne de camps retranchés : Langres, Besançon et Dijon. Le comité de défense valide le projet en 1873 et la loi du 18 juillet 1874 débloque une enveloppe budgétaire de 430 millions de francs-or.
Le choix de Dijon se justifie : la capitale bourguignonne est considérée comme un carrefour stratégique combinant des voies terrestres, fluviales et ferroviaires. L'annexion de l'Alsace et de la Moselle place Dijon à 170 km de la nouvelle frontière. Disposant d’une ceinture de forts, la ville serait un appui stratégique pour les places de Besançon et Langres. Enfin, Dijon est un point de passage vers Paris.
La construction des forts commence à partir de 1874 sous la direction du génie basée à Bourges. Six forts, une redoute et un réduit sont édifiés autour du camp retranché de Dijon. Le projet initial prévoyait également un fort d'arrêt au niveau de Chagny entre Beaune et Chalon-sur-Saône pour contrôler un passage depuis le Morvan. Ces forts ont des caractéristiques communes à tous les ouvrages « Séré de Rivières » à savoir une architecture de type polygonale, des espaces dédiés au casernement et des fronts d'attaque armés de canons. La construction débute en 1874 avec le fort de la Motte-Giron et prend fin avec le fort de Beauregard en 1881. Ces ouvrages sont bâtis sur des points hauts, distants de 6 à 8 km, soit les portées de tir de l'artillerie contemporaine, permettant de protéger l'enceinte urbaine des projectiles ennemis. Au nord, le fort d'Asnières culmine à 330 m et devait intercepter les troupes prussiennes. L'accès à l'édifice s’effectuait par un pont roulant, du modèle "truck" décrit par Philippe Truttmann, escamotable latéralement sous le corps de garde de gauche. Le site fut détruit en partie par les Allemands en 1944. A l'est, les forts de Varois (soutenu par la redoute Saint-Apollinaire), Sennecey et Beauregard sont en première ligne pour contrer une offensive du voisin germanique. A l'ouest, tournés vers le Morvan et Paris, se trouvent les forts de Hauteville, de la Motte-Giron et du réduit du Mont Afrique. Celui de la Motte-Giron, situé sur la commune de Dijon, est le centre de commandement de cette ceinture fortifiée.
De ces huit ouvrages construits de 1874 à 1881, le réduit Lambert (ou Mont Afrique) est l'ouvrage militaire le plus élevé (600 m alt.). Il disposait de trois batteries annexes (du Camp Romain, de Roche Chainiènes et de Flavignerot). Il communiquait avec le fort de la Motte-Giron ainsi qu'avec la place d’Auxonne, le fort Saint-André à Salins ou encore le fort de la Dame Blanche à Besançon. Le poste optique utilisé a été transformé vers 1925 pour la navigation aérienne en phare terrestre d'une portée de 400 km. Le fort Beauregard est, hormis la redoute de Saint-Appolinaire, le plus petit fort de cette ceinture et le dernier édifié. Il a été équipé de quatre cuves à canons anti-aériens dans l'entre-deux-guerres. Quant à celui de Sennecey, il est inaccessible et plusieurs parties ont disparu : la gorge et la façade des casernes ont été démolies en 1944, et le saillant 4 raboté par implantation de la rocade à proximité. Enfin, la végétation a probablement accéléré sa dégradation.
Dans les années 1870, Dijon est une ville de garnison accueillant jusqu’à 10 000 hommes qu’il faut loger. Outre les trois casernes installées dans d'anciens couvents, de nouvelles sont édifiées : la caserne Heudelet, route de Langres (actuellement siège de la métropole de Dijon), la caserne Junot (détruite) ou encore la caserne Dufour (site de l'arsenal), route de Chenôve. Vers 1900, la garnison de Dijon compte encore 5 000 soldats répartis sur une douzaine de sites. Seule la caserne Vaillant, construite en 1895, conserve sa fonction originelle aujourd’hui.
Des poudrières (ou magasins à poudre) sont conçues à partir de 1875 comme celle située rue d'Auxonne et une seconde transformée en chapelle (Saint-Bernard) au 12 boulevard Alexandre 1er de Yougoslavie. Cette dernière, acquise par la paroisse Sainte-Bénigne vers 1930, date de 1885. D'une capacité de 50 000 kilos de poudre (provenant de l'usine de Vonges), elle est désaffectée à cause du danger qu'elle représentait pour le quartier. L'installation d'un arsenal militaire amène l’édification de deux autres magasins, encore présents avenue Jean-Jaurès : construits en pierres calcaires selon les plans en vigueur et protégés par un "tumulus" en terre, ils datent de 1880 et 1883.
Dès 1885, les forts sont obsolètes du fait de la crise de l'obus torpille (due à l'invention de la mélinite). Ils ne seront pas cuirassés. Par la suite, ils ne serviront jamais à la défense du territoire, seulement utilisés pour certains comme prison et les autres comme magasins ou dépôts. Le 2 avril 1954, une loi déclasse les forts et autres ouvrages construits à la fin du 19e siècle. Leur valeur historique et architecturale est reconnue en 2008 et ils sont protégés au titre des Monuments historiques (ainsi que la poudrière rue d'Auxonne).
Guillaume Gézolme, chercheur. Région Franche-Comté puis Bourgogne-Franche-Comté, Service Inventaire et Patrimoine, 2014-